Mobilité des étudiants africains: l’attractivité française en recul

L’Afrique est à l’honneur cette année aux rencontres annuelles de Campus France qui se déroulent du 7 au 9 novembre, à Paris. Inaugurée par Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du Développement international, cette manifestation réunit des établissements d’enseignement supérieur français et des universités africaines désireux de renouer des partenariats. La France a une longue tradition d’accueil des étudiants africains, mais ces derniers sont de plus en plus découragés par la politique restrictive du gouvernement français en matière d’attribution des visas et par le coût des études. La tendance est au tassement de la mobilité africaine vers la France, ce qui profite notamment aux destinations interafricaines, au Moyen-Orient et à la Chine.

L’Afrique compte 373 000 (2013) étudiants en mobilité internationale, soit un étudiant mobile sur dix dans le monde. C’est sans doute le signe d’un continent dynamique, assoiffé d’ouverture sur le monde et de connaissances. C’est aussi une chance pour l’Europe qui est le continent préféré des étudiants africains, et pour la France qui reste encore leur premier pays d’accueil. Avec près de 130 000 étudiants africains débarquant dans le pays de Voltaire chaque année entre 2011 et 2015, la France demeure la destination préférée des jeunes Africains partant à l’étranger pour leurs études supérieures, diplômantes et non diplômantes confondues.

« Malgré des signes de ralentissement au cours des dernières années, la France a réussi à préserver sa première place et elle accueille même de plus en plus d’étudiants anglophones », se réjouit Olivier Chiche-Portiche, directeur de la coordination géographique au sein de Campus France. Et d’ajouter : « J’en veux pour preuve les conventions que Campus France a signées au cours des quatre dernières années avec plusieurs pays africains, dont trois pays non francophones, soit le Nigeria, le Kenya et l’Ethiopie, pour la gestion de leurs boursiers en France. »

Attractivité des études

La promotion de l’attractivité des études en France faite par Campus France n’est sans doute pas étrangère à l’intérêt de la jeunesse africaine pour l’Hexagone. Qu’est-ce que Campus France ? Mis en place en 2010, Campus France est un organisme public qui oeuvre pour le rayonnement à l’international de l’enseignement supérieur français. Dotée de plus de 235 bureaux (appelés « Espace ») et antennes répartis dans 121 pays, l’organisation va à la rencontre des étudiants dans les universités et écoles d’enseignement supérieur à l’étranger, organise des forums pour promouvoir « la marque de l’enseignement supérieur français dans le monde ». Son bureau parisien gère en aval l’arrivée et le suivi en France des boursiers étrangers du gouvernement français et des gouvernements étrangers.

Outre les manifestations de promotion à l’étranger qui se déroulent tout au long de l’année, Campus France organise tous les ans des journées en France sur des thématiques d’actualité. Les rencontres 2016, qui se tiennent cette année à Paris du 07 au 09 novembre, s’inscrivent dans la perspective du prochain sommet Afrique-France (Bamako, 14-15 janvier 2017). Elles mettent l’accent sur la coopération universitaire entre l’Afrique et la France, et ont réuni des représentants de quelque 130 établissements supérieurs français et leurs homologues africains. 23 pays africains et une cinquantaine d’universités du continent participent à cet événement.

A cette occasion, Campus France vient de publier la dernière édition de ses Notes (octobre 2016), consacrées au thème de « La mobilité internationale des étudiants africains ». Cette étude propose un état des lieux très exhaustif et riche en enseignements pour les décideurs.

Etat des lieux 

Les grandes lignes de l’étude sont les suivantes :

→ La France, premier pays d’accueil : sur un total de 373 000 étudiants africains en mobilité internationale diplômantes, la France a accueilli un effectif de 92 205 (2013), soit 26% de l’ensemble des effectifs, loin devant ses concurrents les plus proches : l’Afrique du Sud (9,5%), le Royaume-Uni (9,3%) et les Etats-Unis (9,3%).

→ Une part importante : Les étudiants africains représentent 43% de l’ensemble des étudiants étrangers accueillis en France.

→ Origines : 7 pays, soit le Nigeria, le Maroc, l’Algérie, le Cameroun, le Zimbabwe, la Tunisie et le Kenya, regroupent à eux seuls plus de la moitié des étudiants africains en mobilité internationale. Pour la France aussi, le Maghreb représente une part importante du total, soit 53% des étudiants africains accueillis. Derrière les trois pays du Maghreb, se rangent dans le Top 10 le Sénégal, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Madagascar, le Congo et la Guinée.

→ Types de formation : 78% des étudiants africains fréquentent des établissements universitaires et le reste se répartit entre classes préparatoires ou écoles professionnelles (12%), écoles d’ingénieurs (5,4%) et écoles de management (4,9%). Une proportion élevée d’étudiants du Maroc, du Cameroun et de Tunisie est attirée par les écoles d’ingénieurs, alors que les étudiants originaires des pays anglophones sont majoritaires parmi les Africains fréquentant des écoles de management.

→ Diversification des destinations : Si l’Europe communautaire et en particulier la France demeurent des destinations de choix pour les étudiants africains, on assiste à une baisse de la proportion des étudiants accueillis au cours des dernières années. La part de l’Hexagone est passée de 44,3% en 2010 à 42,5% en 2015. Ce recul profite aux établissements supérieurs africains (Afrique du Sud, Ghana, Maroc, Tunisie), aux pays du Moyen-Orient qui attirent des étudiants africains avec des « bourses islamiques » et sans doute aussi à la Chine, qui certes ne publie pas les chiffres de l’accueil des étudiants étrangers sur son territoire, mais n’hésite pas à afficher ses ambitions dans ce domaine pendant des sommets et des forums.

Enseignements

Pour les responsables de Campus France, si la France a réussi à tirer son épingle du jeu et à préserver sa première place de pays préféré des étudiants africains, la concurrence demeure vive entre les pays qui traditionnellement accueillent ces étudiants et les pays montants d’Asie et d’Afrique qui viennent d’entrer dans le marché des études supérieures avec des offres souvent très compétitives.

« Il y a de plus en plus de concurrence entre les pays occidentaux et émergents dotés d’infrastructures éducatives reconnues, car, explique Didier Rayon, auteur de la Note consacrée à la mobilité africaine de Campus France, ces derniers ont pris conscience qu’accueillir les étudiants étrangers peut être une source de revenus et pas de dépenses. Qui plus est, cette politique d’accueil a aussi un intérêt différé dans la mesure où ces étudiants qui deviennent des décideurs une fois rentrés chez eux restent attachés aux pays où ils ont étudié. Ils les privilégient lors des choix économiques et commerciaux qu’ils sont amenés à faire au cours de leur carrière professionnelle. »

La Chine a bien compris ces enjeux, explique une précédente Note hors série de Campus France (juin 2013), qui détaille les aspects de la politique agressive que celle-ci mène « dans le domaine de l’enseignement supérieur avec l’installation de centres linguistiques et culturels sur le continent (Instituts Confucius) à l’intérieur même des universités et des programmes de bourses ambitieux dans le domaine de l’agriculture, de la médecine, des langues, de l’éducation, de l’économie et de la gestion principalement  ». Le plan d’action de Pékin pour l’Afrique, pour la période 2012-2015, prévoyait notamment l’octroi de 18 000 bourses et la multiplication d’instituts Confucius à travers le continent.

Pour Didier Rayon, « un mouvement de redistribution des destinations est à l’œuvre, avec l’entrée en scène des nouveaux pays qui pratiquent une politique dynamique pour l’accueil des étudiants africains. Dans des pays occidentaux, pourtant riches d’une longue histoire de coopération universitaire avec l’Afrique et le Maghreb, la mise en place des politiques restrictives en matière de visas pèse sur notre attractivité. La circulaire Guéant dont nous subissons encore les contrecoups en termes d’accueil des étudiants est bien la preuve que nos hommes politiques n’ont rien compris. Les étudiants africains sont comme tous les autres étudiants : ils iront là où ils pourront bien étudier, où ils pourront payer leurs études et où… ils seront bien accueillis. »

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